A BALANDRAN : PRÉPARER LA CULTURE DE L’ANANAS DANS L’HEXAGONE
- Marc Lohez
- 24 mars
- 3 min de lecture

Dans la longue tradition des acclimatations en France, l’Ananas n’est pas un inconnu : les premières fructifications européennes sont obtenues au XVIIème siècle ; plus tard en France Louis XV fut l’heureux dégustateur en 1733 d’un fruit issu du potager royal. Et puis avec l’âge industriel vient une production commerciale en région parisienne qui alimente les tables aisées de la capitale à la fin du XIXème siècle. Comme pour beaucoup de production exotiques, l’effondrement des prix du transport et le développement des productions coloniales eurent raison de la production de ce fruit. Et si l’ananas faisait son retour en métropole ? Des particuliers, quelques serres de jardins publics se sont lancés dans cette aventure d’abord décorative et ludique. Mais des producteurs commencent à se poser également la question de façon plus sérieuse car les importations sont massives, l’ananas est un fruit qui attire l’œil sur les étals et sur les tables et l’évolution climatique, parallèlement à ses contraintes offre peut-être des opportunités.
Comment guider cette production potentielle ? Les réponses sont recherchées depuis 2024 par le Centre Technique Interprofessionnel des Fruits et Légumes (CTIFL), référence en matière de recherche-développement pour orienter les agriculteurs sur le chemin de la production durable. La piste de l’ananas, explorée avec d’autres fruits tropicaux, fait l’objet d’études dans le centre de Balandran, une structure importante avec 70 salariés et un site de 75 ha.

A l’automne 2024, le centre a reçu d’un laboratoire de Montpellier des vitroplants : des mini-ananas de quelques centimètres développés dans des boîtes de culture avec des conditions contrôlées. La première tâche du centre, c’est acclimater les vitroplants pour les faire passer du gel à la terre et dans un contexte plus naturel que celui du laboratoire. La réussite de cette période d’adaptation a été remarquable avec 99% de reprise. Au printemps suivant, les jeunes ananas sont plantés en pleine terre sous tunnel froid pour les uns et en conteneur de culture dans une serre avec des possibilités de chauffage pour les autres. Si ces derniers se sont bien développés, les ananas cultivés sous tunnel ont légèrement souffert des conditions froides de l’hiver 2025. Ce mode d’exploitation devra peut-être patienter ou s’accompagner de solutions de chauffage ponctuels. Moins d’un an après leur plantation, les ananas sont prêts pour la floraison, mais celle-ci doit être stimulée par traitement : elle doit en effet s’effectuer de façon homogène dans le temps, une condition importante pour la rentabilité de la production.

S’il y a encore une inconnue sur la durée complète du cycle, les premiers ananas de Balandran pourraient être cueillis d’ici la fin de l’année 2026. Cette expérimentation est suivie de près par une dizaine de producteurs nationaux qui testent chez eux et échangent avec le centre sur la méthodologie et les résultats. Pour certains, il y a là une piste pour rentabiliser des serres vieillissantes ou dont les cultures sont abandonnées. L’ananas pourrait également s’intégrer à d’autres cultures. Ce programme est d’abord destinée à une production dans le sud de la France, mais les ananas, comme d’autres productions d’origines tropicales, pourraient s’étendre bien plus au nord en métropole en tirant profit des tests de Balandran.
Merci à Amandine Boubennec pour l’entretien qui a permis la préparation de cet article.
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