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L’EXPERIMENTATION ET L’ACCLIMATATION : L’AVENIR D’UNE VIELLE TRADITION

  • Photo du rédacteur: Marc Lohez
    Marc Lohez
  • 20 avr.
  • 2 min de lecture

Les introductions récentes s’inscrivent  dans une très ancienne tradition d'acclimatation. Le pouvoir royal, depuis le 16ème siècle au moins, était soucieux de tenter de produire dans le royaume ce qui faisait la richesse de ses voisins. Catherine de Médicis créa le domaine d’Hyères pour, entre autres, y lancer la culture de canne à sucre. Plus tard, Marly, le château de Versailles et surtout le « Jardin du Roi » (actuel jardin des plantes) furent des lieux d’accueil et de recherches : c’est le botaniste Jussieu qui s’occupa d’étudier et de reproduire les plants de caféiers à la fin du règne de Louis XIV et au début de celui de Louis XV.

Du coté des animaux, il faut évoquer le but initial du Jardin d’acclimatation de Paris.  Ce parc à l’Anglaise voulu par Napoléon III et créé il y a 125 ans est également le fruit d’un autre rêve : celui d’Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire (1805-1861) , zoologue du muséum d’histoire naturelle : il s’agissait de créer dans ce coin du bois de Boulogne une ferme d’acclimatation à but pratique qui complèterait une ménagerie du jardin des plantes dédiée à la science. En 1849, il avait publié un rapport intitulé Acclimatation et domestication des animaux utiles dans lequel il militait pour l’introduction d’animaux exotiques dans nos fermes.

Parmi les logiques anciennes des arrivées d’espèces étrangères figure en bonne place la réponse aux faiblesses des ressources locales, surexploitées ou victimes de maladies : la crise du phylloxera trouva son issue dans la mission d’étude de l’agronome Pierre Viala pour trouver aux Etats-Unis le porte-greffe adapté. L’épizootie des années 1970  provoqua l’arrivée des huitres dites « japonaises » - en tout cas asiatiques, en partie encadrée par l’ancêtre de l’IFREMER, L’Institut Scientifique et Technique des Pêches Maritimes)’. Peu après, l'esturgeon sibérien (Ascipenser baerii) était utilisé comme modèle pour la reproduction du sturio européen, menacé de disparition complète. Quelques péripéties plus tard, le caviar issu de l’élevage du  baeri, prenait le relai d’un caviar de Gironde pêché, disparu faute de poisson, les deux phases de cette aventure étant largement impulsées par le CEMAGREF. Depuis plusieurs siècles, la France a donc  su se doter d’institutions scientifiques et techniques capables d’accompagner, parmi d’autres évolutions, les arrivées d’espèces nouvelles dans l’hexagone.


Les motivations actuelles des introductions croisent souvent plusieurs objectifs : la volonté de trouver une solution « made in France » aux modes culinaires portés par la mondialisation ou les nouvelles tendances diététiques, de nouvelles pistes de diversification, sans oublier la recherche de réponses aux évolutions climatiques, de matériaux biosourcés voire d’autres pistes de développement durable.


Nombres d’arrivées empruntent les chemins empiriques des jardins privés, de l’expérimentation personnelle ou des échanges informels entre producteurs. Mais parallèlement, les stations expérimentales et les programmes impliquant des consortiums d’acteurs variés testent, vérifient et proposent des pistes sécurisées pour ceux qui voudraient se lancer dans l’aventure des productions atypiques. Qu’il s’agisse de lever les hypothèques administratives qui pourraient peser sur des espèces exotiques, de prévenir des incertitudes  pesant sur certain modes ou conditions de production, mais encore de défricher la question fondamentale des débouchés, programmes et stations apportent un éclairage fondamental sur le potentiel des nouveaux venus dans nos terroirs.



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