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La passion de l’indigo dans l’Entre-Deux-Mers : toutes les nuances de la création

Photo du rédacteur: Marc Lohez
Marc Lohez
il y a 5 heures
3 min de lecture

crédit photo : Atelier de Mademoiselle C.
crédit photo : Atelier de Mademoiselle C.

l’indigo tropical, Indigofera tinctoria, est un arbuste emblématique de la première mondialisation : cultivé dans les « Indes », et particulièrement aux Antilles pour la France, il enrichit les ports d’arrivée en métropole comme celui de Bordeaux. Sa puissante capacité à fournir du pigment bleu pour la teinture lui fait évincer le pastel cultivé ici. Il est à son tour envoyé aux oubliettes de l’histoire par l’indigo de synthèse à la Belle Époque. Près d’un siècle et demi plus tard, l’indigo naturel fait son retour près de Bordeaux, mais cette fois, il ne s’agit plus seulement de teinture mais de production agricole et artisanale : l’Atelier de Mademoiselle C. est un espace pluriel où le « jardin de sorcière » fournit de quoi alimenter les cuves de teinture et les créations sur textile de Caroline Cochet. Installée dans la région il y a quinze ans, elle a quitté son métier dans le cinéma pour vivre sa passion de la teinture.


Un art japonais de l’Indigo.


La persicaire. Crédit photo Atelier de Mademoiselle C.
La persicaire. Crédit photo Atelier de Mademoiselle C.

Si Caroline Cochet a appris à teindre en France, sa pratique actuelle est largement liée à ses voyages de formation et de découverte, au Maroc et au Japon. C'est au pays du soleil levant qu’elle découvre un art ancestral et ritualisé de production de la teinture à partir d’une autre plante tinctoriale, la renouée persicaire, originaire de Chine et adaptée aux climats tempérés. Elle veut alors plonger dans cette alchimie de l’indigo jusqu’au bout en cultivant la persicaire dans son jardin.

Depuis deux ans, elle maîtrise ainsi sur place tout le cycle de production. Les feuilles sont récoltées, puis séchées. Comme elle mutualise également des productions venues d’ailleurs en France, elle peut en identifier le terroir à l’odeur des feuilles sèches. Une fois qu’elle a réuni une quantité suffisante, au minimum vingt kilos, elle prépare le sukumo, un compost issu de la fermentation des feuilles précautionneusement humidifiées.



la cuve de teinture avec une fleur d'Indigo qui se forme avec le départ de l'oxygène. Crédit photo Atelier de Mademoiselle C.
la cuve de teinture avec une fleur d'Indigo qui se forme avec le départ de l'oxygène. Crédit photo Atelier de Mademoiselle C.

Six mois plus tard, l’alchimie peut commencer avec le montage de la cuve de teinture. Ce liquide mystérieux où l’oxydoréduction permet de teindre se révèle comme un être vivant, à la fois compagnon précieux de l’artisan mais aussi esprit instable et à surveiller. De bonne composition, il va offrir le tour de magie tant attendu : le textile plongé ressort jaune-vert, puis devient bleu au contact de l’oxygène retrouvé. Avant de plonger le tissu, certaines zones sont protégées par couture pour rester blanches. C’est ainsi que l’on obtient les shiboris qui permettent de créer des motifs sur le fond bleu.

A partir de la teinture, Caroline Cochet propose des norens, ces rideaux fendus qui marquent les seuils. Mais elle réalise également des « tambours ». Tendus sur des cercles, ces shiboris présentent des motifs dynamiques, radiants, qui font vibrer le tambour des nuances de l’Indigo.

Son atelier se veut également un lieu de partage et d’accueil. De mai à octobre, on y vient pour découvrir le jardin, participer à la récolte et s’initier aux techniques de cultures et de teinture.

Pour l’avenir, Caroline Cochet souhaite héberger dans son atelier des expositions d’artistes en résidence. Du côté de la culture dans le jardin, les persicaires sont déjà accompagnées d’indigo de montagne ou indigo d’Assam, Strobilanthes Cusia, en cours d’acclimatation. On y trouve aussi du coton à filer pour un artisan local et du shiso qui rentre dans la composition d’une boisson japonaise fermentée sans alcool . Mais ces plantes pourraient être rejointes par l’Indigo tropical, un cycle de plus qui se bouclerait à l’atelier de Mademoiselle C.


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