ECLAIRER LA ROUTE DES ELEVAGES DE GAMBAS D’EAU DOUCE : LE PROGRAMME OPTICED
- Marc Lohez
- il y a 18 minutes
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C’est une crevette mais pas n’importe laquelle : malgré sa taille qui lui donne un air de gambas, elle passe sa vie d’adulte dans les eaux douces. Ses mâles dominants sont pourvus de longues pinces bleues qui les rendent particulièrement reconnaissables. Originaire d’Asie du Sud-Est, Macrobrachium rosenbergii a vu son élevage se mondialiser, au-delà du continent asiatique, jusqu’en Amérique et même dans des territoires français outre-mer. Mais lorsque Géraud Laval crée son élevage, Gascogne Aquaculture, dans le Gers en 2018, il est le premier dans l’hexagone et en Europe. Les « Gambas d’ici » de Géraud Laval illustrent parfaitement le développement de ces productions décalées mais inscrites dans le terroir et liées à des perspectives environnementales : un élevage semi-extensif destiné à la consommation locale, en circuit court. Il s’oppose à tout ce que la consommation habituelle et assez massive de gambas par les Français – des dizaines de milliers de tonnes importées chaque année- peut avoir d’absurde : un parcours de milliers de kilomètres d’un produit congelé et dénaturé, fruit de la surpêche ou d’élevages intensifs mettant en dangers des milieux naturels. Pour ne rien gâcher, la Macrobrachium est particulièrement savoureuse, notamment à la plancha. Cet élevage vertueux doit pouvoir se développer et en particulier essaimer dans d’autres élevages aquacoles en métropole : l’Association Interprofessionnelle de la Crevette d’Eau Douce (AICED) est donc créée.
L’expansion de cette crevetticulture doit toutefois surmonter deux obstacles. Le premier est administratif. La peur des autorités de se voir confrontées à une nouvelle espèce invasive après le tristement célèbre exemple des écrevisses d’Outre-Atlantique a conduit à des réponses très inégales aux demandes d’autorisation jusque-là . Le second est économique : comment le mode d’élevage peut-il valoriser suffisamment ces gambas pour le producteur ? C’est à ces deux défis que souhaite répondre le Programme OPTICED regroupant association d’éleveurs, centres de recherches et autres participants institutionnels, soutenu et co-financé par le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l'aquaculture (FEAMPA), la France et la Région Bretagne.
Le projet doit d’abord établir l’absence de danger environnemental et sanitaire présenté par les Macrobrachium rosenbergii : l’Unité ONIRIS de l’INRAE a multiplié les tests thermiques à tous les stades de développement tout en effectuant une large recherche dans la littérature scientifique concernant l’espèce. Il s’agit de vérifier que la crevette ne survit pas en dessous de 13°. En France métropolitaine, les températures ne lui permettent pas de passer l’hiver. Une sécurité supplémentaire est donnée par son mode de reproduction qui nécessite l’eau saumâtre des mangroves, là encore bien difficile à trouver dans l’hexagone. L’Unité ONIRIS a également effectué des recherches sur l’absence d’agents pathogènes portés par les crevettes.

Le second volet vise à consolider la rentabilité de l’élevage pour le pisciculteur. Avec ses faibles densités, cette aquaculture semi-extensive est vertueuse, mais au risque de limiter les revenus pour les producteurs. L’une des pistes d’optimisation consiste à faire coexister les crevettes avec des espèces piscicoles, des cyprinidés à la black bass. Des modèles de cohabitation ont été testés sur des logiciels par l’Université de Lorraine et des essais ont été effectués en bassin : par exemple avec des tanches dans le Gers, avec des poissons rouges au Lycée des métiers agricoles du Haut Anjou (LMA). Dans cet établissement scolaire, l’expérimentation a été effectuée en partenariat avec le Syndicat mixte pour le Développement de l’Aquaculture et de la Pêche en Pays de la Loire, autre membre du programme OPTICED. Ces essais permettent en particulier de ne pas observer de baisse de rendement par rapport à l’élevage en monoculture de crevettes.
En 2026, le projet OPTICED arrive à l’heure du bilan final après trois années de recherches et d’essais. Ce travail important devrait permettre de dégager un peu plus la route pour ceux qui souhaitent se lancer dans l’élevage de cette belle, et bonne, crevette aux pinces bleues.


