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Des mérinos dans le vignoble : un projet pastoral en Saint-Emilion

Photo du rédacteur: Marc Lohez
Marc Lohez
il y a 10 minutes
3 min de lecture


 Ce beau projet fait l’objet d’une campagne de collecte participative sur miimosa : faites comme MiKoRiZe, adoptez une brebis pour soutenir cette aventure .

 


Les « merina negra » crédit photo : carnet de berger
Les « merina negra » crédit photo : carnet de berger

Il sera ici question de moutons, en fait essentiellement de brebis puisqu’un bélier peut s’occuper de plusieurs dizaines de ces dames. Celles-ci, à la robe brun sombre et à la tête plus noire encore, pourraient bien disparaître malgré leur nom illustre : mérinos. Les drapiers à la recherche d'une laine blanche facile à teindre ont écarté cette variété il y a des lustres et elle est en voie d’extinction depuis 30 ans. Emblématique des races ovines espagnoles, le mérinos a déjà été introduit au nord des Pyrénées par l’intendant d’Etigny sous Louis XV, mais cette fois on pourrait les retrouver plus au nord, dans le vignoble de Saint Emilion. Inscrit à l’UNESCO depuis 1999, il y a été rejoint un quart de siècle plus tard par la transhumance : ces deux patrimoines agricoles vivants ont été reconnus entre autres pour leur capacité à créer des paysages. 


Cette rencontre des patrimoines pour une aventure nouvelle est l’idée d’un berger peu commun : Joseph Boussion, pourtant petit-fils de paysan, ne s’est plongé dans le pastoralisme qu’après de multiples ruptures avec sa vie professionnelle et son engagement politique pour cette « existence sans refuge » (lien livre), rude mais porteuse de sens des bergers . Après dix ans de salariat à s’occuper des moutons des autres voici la perspective de constituer son propre troupeau, non pour le bénéfice du statut d’éleveur mais comme un acte militant : sauver une race en voie de disparition tout en participant aux efforts de la viticulture pour se réinventer dans une période de remise en question économique et climatique particulièrement critique.


Ce mérinos noir  mérite bien d’être sauvé : originaire du sud-ouest de l’Espagne, le climat très contrasté de la meseta méridionale lui a donné une rusticité à laquelle son acclimatation dans les terres plus océaniques du Léon et des Asturies ajoute une moindre sensibilité à l’humidité : cet animal tout terrain, marcheur très endurant et peu regardant sur son alimentation est donc particulièrement adapté aux enjeux de l’évolution climatique et à une vie toute l’année dehors. La « merina negra » convient également à merveille au projet de système grand-pastoral porté par Joseph. Une fois constitué, le troupeau hivernera sur les parcelles de l’AOC Saint Emilion au moment du repos des vignes  en désherbant les inter-rangs et en les fertilisant. À la belle saison, il gagnera le Gers à pied pour une transhumance de 400 km aller-retour. Près d’Auch, l’estivage se fera sur les Luzernes, en partenariat avec le lycée agricole. Le projet fédère en effet de nombreux acteurs, de l’établissement scolaire Gersois au conseil des vins de Saint-Emillion qui réfléchit au viti-pastoralisme. Le système pastoral vertueux s’accompagne d’une production de qualité : le fil noir si fin des mérinos sera mis en pelote par la très ancienne filature Fonti dans la creuse, tandis que les agneaux sous la mère seront distribués en circuit-court en Gironde et du côté d’Auch. Voici donc une aventure globale portée par une vision et qui peut se partager : au delà des témoignages sur les réseaux sociaux, il sera sans doute possible de suivre le circuit dans une découverte agri touristique pleine de sens.


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