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AURAY : LES NOUVELLES CULTURES DES MARAICHERS 3.0

  • Photo du rédacteur: Marc Lohez
    Marc Lohez
  • 3 janv.
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 7 janv.


Vue aérienne de la station. Crédit photo : Lemon Prod
Vue aérienne de la station. Crédit photo : Lemon Prod

A deux pas de la rivière d'Auray dans le Morbihan, un rectangle de cultures attire l’œil. Ce sont les six hectares et la douzaine de tunnels de la station d’expérimentation d’Auray. Les stations d’expérimentation sont toutes des outils de recherche et développement, mais à Auray, on se croirait presque dans un film de science-fiction : on peut y croiser des testeurs en exosquelettes ou revêtus d’une combinaison truffée de capteurs et des robots qui aident au transport, désherbent ou binent. La station d’Auray prépare le maraîchage 3.0 : celui qui épargnera au professionnel les troubles musculosquelettiques et lui permettra de limiter les intrants. Mais cette recherche d’une agriculture qui prend soin à la fois de ses travailleurs et de l’environnement ne passe pas seulement par la robotique : Maët Le Lan, responsable de la station, refuse qu’elle soit rangée dans une case et souligne au contraire la grande diversité des thématiques abordées qui fait la force d’Auray. On y teste aussi bien les différents matériaux pour le paillage que l’amélioration des rotations, mais on y expérimente aussi des cultures nouvelles.


De nouveau goûts locaux dans un contexte en mutation



Culture de pastèque en test à Auray. Crédit photo : Lemon Prod
Culture de pastèque en test à Auray. Crédit photo : Lemon Prod

Pastèques, patates douces, myrtilles arachides et agrumes, ces plantes qui détonnent dans le paysage maraîcher breton répondent à la nécessité de renouveler la gamme traditionnelle de légumes locaux. Mais il s’agit également de trouver des réponses d’adaptation aux évolutions climatiques tout en permettant de remplacer des importations par une production locale : la pastèque dont la demande augmente avec des étés bretons de plus en plus chauds est pour l’instant essentiellement originaire d’Espagne. La myrtille, très largement importée, offre des débouchés variés. La station d’Auray veut aider à diversifier l’offre locale avec du goût et des produits faciles à préparer en cuisine. Quant à l’arachide, son expérimentation s’inscrit dans la vogue des fruits secs aux facteurs aussi bien climatiques que nutritifs.


Sécuriser l’itinéraire technique



Le robot OZ dans les rangs d'arachides. Crédit photo Lemon Prod
Le robot OZ dans les rangs d'arachides. Crédit photo Lemon Prod

Les cycles de tests réalisés à Auray aboutissent à des itinéraires techniques qui permettent aux producteurs de ne pas se lancer à l’aveugle. Ainsi celui sur la patate douce en agriculture biologique montre -entre autres- qu'il vaut mieux espacer les plants pour obtenir des patates de gabarit satisfaisant et que les patates douces à chair blanche ont de bons rendements, de bonnes aptitudes à la conservation et sont appréciées pour leurs qualités gustatives. Pour Maët Le Lan, la station a les moyens de prendre des risques que les maraîchers ne peuvent se permettre d’affronter. Car les mauvaises surprises ne manquent pas quand on se lance dans les variétés nouvelles : récolte décevante à la suite d’une météo capricieuse pour les patates douces, problèmes sanitaires comme une attaque d’acariens pour les arachides.


« Cent fois sur le métier…»


La cacahuète bretonne se fera-t-elle une place sur la table des apéritifs ? Cette légumineuse au développement original attire bien des exploitants à la suite des pionniers du Sud-Ouest. Son expérimentation s’inscrit dans la vogue des fruits secs aux facteurs aussi bien climatiques que nutritifs. Mais à Auray, le travail d’expérimentation initié il y a cinq ans va continuer pendant plusieurs années, notamment pour améliorer le contrôle des acariens par les auxiliaires et pour vérifier si la cacahuète bio de Bretagne est réellement viable : les déboires climatiques et sanitaires expérimentés ces dernières années par la station poussent celle-ci à des conseils de prudence quant à la rentabilité de cette production. Les mises en gardes font également partie du rôle des stations .


Les agrumes : une piste prometteuse



Une floraison prometteuse. Crédit photo station d'Auray
Une floraison prometteuse. Crédit photo station d'Auray

La présence d’agrumes relativement protégés par des hivers doux dans les jardins bretons n’est pas inédite. Leur exploitation commerciale offrirait des perspectives intéressantes : cette nouvelle diversification apporterait de la couleur sur les étals de l’hiver et si le coût des plants n’est pas négligeable, la mise en fruit intervient rapidement. La station d’Auray a donc multiplié les observations dans les zones de productions existante et notamment en Corse, avec une station d’expérimentation particulièrement en pointe sur cette production et où la filière agrumes est déjà bien en place. L’équipe a également utilisé l’expertise d’Olivier Biggio sur les agrumes résistants au froid . Auray a pu également compter sur les pépiniéristes locaux comme Anjou Citrus qui font un travail remarquable pour sélectionner des variétés au contexte de la station et plus largement à celui de l'hexagone en dehors de la Méditerranée.

Plus que le froid, c’est la sensibilité au vent des agrumes qui nécessite une vigilance particulière en Bretagne. L’expérimentation a donc commencé sous abri et en conventionnel avec une vingtaine de plants dont un bon tiers de mandarine satsuma, une variété résiliente avec une prise de risque limitée, orangers, citronniers et pomelo les accompagnent avec de façon plus marginale quelques citrons caviars, yuzu et main de Bouddha pour les besoins des restaurants. L’an prochain avec une culture en plein champs et en bio, la prise de risque est plus élevée. Mais ces deux phases du projet vont permettre de travailler sur l’échelonnement que permet la culture des agrumes, avec un début de récolte fin août et une saison qui ne s’achève qu’au début du printemps. Éclairer sur les opportunités, prendre les risques que les producteurs peuvent difficilement se permettre impose un travail sur la durée pour les stations : l’expérimentation est une course fond.


Pour en savoir plus : page consacrée à la station d'Auray sur le site des chambres d'agriculture de Bretagne.



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